Biographie
Georges Feydeau
Né en 1862, il est le fils d’un curieux personnage, Ernest Feydeau, à la fois écrivain, directeur de journal et agent de change. Son meilleur roman, Fanny, le fait comparer à Flaubert, l’un de ses meilleurs amis avec Théophile Gautier et les Goncourt.
Mais le petit Georges est-il bien le fils de son père légal ? Personne, à l’époque, n’oserait l’affirmer. Car tout Paris sait que sa mère, Lodzia Zelewska, très belle juive polonaise, est la maîtresse du Duc de Morny et de son illustre frère utérin, Napoléon III lui-même. Alors comment savoir ?
Georges écrit ses premières pièces dès qu’il sait tenir une plume.
Malgré d’assez bons résultats scolaires, il quitte dès la fin de la troisième le Lycée Saint-Louis dont il est pensionnaire, pour se consacrer entièrement au théâtre. Il récite des monologues dans des soirées mondaines où il imite avec succès les acteurs d’alors. Il s’est juré de devenir le plus grand vaudevilliste de son époque.
Dès l’âge de dix-neuf ans, en 1882, il fait représenter sa première pièce, Par la fenêtre au casino de Rosendaël, une obscure station balnéaire du nord de la France. Malheureusement, il collectionne les " fours " - à l’exception de Tailleur pour dames - au point qu’il songe à se faire acteur... Mais à vingt neuf ans, en 1892, c’est enfin le triomphe avec Monsieur chasse.
La même année, ce succès est confirmé par la réussite de Champignol malgré lui et du Système Ribadier. Les œuvres de Feydeau, désormais célèbres, sont traduites en une dizaine de langues et jouées dans toute l’Europe.
Dans les années qui suivent, ce sont Un fil à la patte, L’Hôtel du libre échange, Le Dindon, La Puce à l’oreille (1907) et La Dame de chez Maxim qui pour les provinciaux et les étrangers est, avec la Tour Eiffel, la principale attraction de Paris.
Au cours des premières années du siècle, Feydeau continue à écrire des vaudevilles, pièces où le comique de situation, avec ses quiproquos et ses rencontres intempestives joue le rôle essentiel. Cependant, tout va changer en 1908 : marié depuis une vingtaine d’années à la fille de Carolus-Duran, célèbre peintre du Tout-Paris, il ne s’entend plus maintenant avec elle.
Il conçoit alors l’idée de s’inspirer de sa propre expérience pour écrire des farces conjugales où il peindra avec une implacable férocité burlesque les dissensions des couples. Il inaugure brillamment ce nouveau type de pièce avec Feu la mère de Madame, bientôt suivi d’On purge bébé, de Mais n’te promène donc pas toute nue, etc, toute une série d’œuvres à laquelle il donne un titre suggestif : du mariage au divorce...
Sa mésentente avec sa femme avait conduit Feydeau à quitter l’appartement conjugal pour se réfugier dès 1909 à l’hôtel Terminus Saint-Lazare (actuellement Concorde-Saint-Lazare).
Aux alentours de 1914, l’auteur, vieillissant, voit se tarir son inspiration : son talent est toujours aussi grand mais il n’a plus la foi théâtrale. Écrire l’ennuie. Il se drogue pour se stimuler : c’est peine perdue. Mais le destin va se charger - cruellement - de résoudre ses problèmes.
En 1919, conquis à l’art cinématographique par un film de Chaplin, Charlot soldat, Feydeau projette d’écrire un scénario pour lui.
Feydeau contracte une syphilis nerveuse qui provoque chez lui des troubles psychiques graves ; il se laisse pousser la barbe de manière à évoquer Napoléon III - son véritable père, sans doute. Il se promène ainsi sur les boulevards. La ressemblance est hallucinante. Les passants, stupéfaits, se retournent. À ses amis il propose des portefeuilles ministériels et les invite à son couronnement. Ses enfants doivent le faire interner dans une maison de santé de Rueil-Malmaison. Il y bavarde avec le président Deschanel dont les ennuis ferroviaires sont célèbres.
Dans ses moments de lucidité, il aime plaisanter : il dit à ses visiteurs : " on se moque de moi parce que je me prends pour Napoléon III. Mais regardez mon voisin de la chambre 7, il se prend bien pour le président de la République... " Il connaîtra en 1921 la même fin navrante que Maupassant, en proie à un mal identique.
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