Notes
Note d'intention

« Si la pagaille politique devient une vérité médiatisée, si les conflits mondiaux deviennent un programme du soir, alors la paix, ce sera la guerre et la liberté, ce sera l’esclavage. » George Orwell

Spin est un « War On Terror » amélioré, pour toute la famille, aseptisé par tous les simulacres que l’on trouve à la télévision et les simulations sur ordinateur. Jouer avec la mort grâce à des jeux artificiels.

Des petits soldats américains défilent, dansent, pivotent et se relaient. C’est le produit suprême autour de la mort, tout y est réuni : un jeu pour d’innocents gamins, un esthétisme flou, le machisme suscité par les armes et la routine chorégraphiée. Dans un monde où tout est apparence et illusion, les imperfections humaines ont été éliminées de cette réalité virtuelle. « C’est l’élimination de la réalité elle-même ». « Une guerre où la simulation vainc la réalité et la mort », Baudrillard.

Filmé en plongée, Spin propose de créer une perspective conceptuelle qui transforme les participants individuels en atomes d’une entité collective, minutieusement calibrée. La masse est réduite en un élément ornemental, les gens en motifs. C’est dans ce sens qu’ont été utilisés quantité d’ornements dans les années 30 et 40, par deux cinéastes antagonistes : Busby Berkeley à Hollywood et Leni Riefenstahl en Allemagne nazie.
Me servant tout d’abord du noir et blanc pour exprimer la nostalgie et le passé, j’introduirai ensuite la couleur pour souligner la brutalité de la guerre et faire le lien entre les années 30 et 40 et le climat politique et idéologique actuel. Au fur et à mesure du film, la simulation de guerre édulcorée montrera ses faiblesses. Les petits soldats prendront des traits humains défigurés. Ils brûleront, se noieront et tomberont. Ils nous rappelleront la réalité : que les souffrances, la douleur et la mort sont le lot quotidien très réel de toute guerre. Progressivement, le spectacle se fera plus violent, plus brutal. À la fin, la structure se sera effondrée entièrement.

Les effets visuels du film seront inspirés par les comédies musicales des années 30 et l’esthétique floue des petits soldats numérisés. Ils seront réalisés à partir d’un mélange d’animations en 2D et en 3D sur Photoshop, After Effects et Maya. La synchronisation du son avec les images sera très pointue, alternant entre les passages calmes et d’autres plus animés, entre les temps de repos et d’agitation. La bande originale incluera des chansons de comédies musicales et des marches militaires, ainsi que des sonorités actuelles abstraites évoquant quelque guerre, rassemblement ou confrontation.

Voilà donc le sujet de mon film : rappeler aux spectateurs les structures d’oppression dans le Monde libre. La pagaille politique, les médias, une esthétisation et une médiatisation excessives de chaque aspect de la vie ont mené à la perte manifeste « du sens des réalités ». Pour la plupart d’entre nous, occidentaux, la guerre est devenue le spectacle saisissant, mais sans risque, du « Shock and Awe ». Les donneurs d’ordre jouent tous leur petit rôle innocent dans ce grand et « beau » modèle – que le produit fini soit un divertissement populaire, de la géopolitique ou la « solution finale ». Cette situation, notamment depuis le 11 septembre a créé un constant état d’urgence dans lequel la guerre est un divertissement, où la liberté justifie les tortures et où l’ignorance est un don du ciel.
 
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