Arcadi

    Pistes solidaires, une collaboration avec Village de Cirque : témoignages croisés

    En octobre dernier, sur une proposition d’Arcadi et en partenariat avec la Coopérative De Rue et de Cirque, les équipes de cirque Lunatic, Les Krilati et les Cousins ont répété sous chapiteau lors de l’événement Village de Cirque (Paris 12e). Selon un principe de mutualisation d’outils et de lieux de répétition, construit sur le modèle du dispositif Plateaux Solidaires initié par Arcadi en 2009, les artistes ont ainsi bénéficié d’un temps de travail exempt des contraintes liées à la production. Retour sur cette opération avec les témoignages des artistes recueillis par Julie Bordenave, journaliste, et les photos de Gaël Guyon.

    Un dispositif en phase avec les spécificités de la création circassienne

    Les Krilati : « En tant qu’artistes de cirque, nous avons besoin de hauteur, et si possible d’une configuration circulaire (…), d’accroches pour les agrès. Il est souvent difficile de trouver un lieu disponible (…), surtout en région parisienne. »

    Lunatic : « Pour l’entraînement, on se débrouille (…). Nous nous entraînons régulièrement à l’Académie Fratellini ou aux Noctambules à Nanterre, où il faut payer le chauffage. Pour des résidences de création (…), nous partons généralement en province. »

    Les Cousins : « Ce qui nous arrangeait sur ce temps de fin de création, c’était de rester sur Paris, pour des raisons familiales. Nous alternons sans cesse des temps de tournée et de répétition ; être tout le temps parti, c’est parfois compliqué. »

    Rémy Bovis (2R2C) : « Implanter un chapiteau en région parisienne n’est pas évident. Il est pourtant important pour les équipes en phase de recherche ou de création d’être directement dans le jeu circulaire, d’avoir de la hauteur… Le chapiteau qui a accueilli Pistes Solidaires appartient à la compagnie Les Choses de Rien : il sert depuis trois ans de lieu de résidence pendant Village de Cirque, mais n’est pas permanent sur le festival. S’il n’y avait pas eu ce projet avec Arcadi, nous ne l’aurions peut-être pas monté cette année. Or, même si notre fenêtre de tir sur l’espace parisien est restreint – un mois par an pour le cirque contemporain – il existe peu d’espaces temps de la sorte en région parisienne : ne pas s’en servir, c’est toujours dommage ! Un chapiteau qui dort sur une remorque, ça fait aussi mal qu’une salle de répétition vide. »

    Une volonté d’ancrage dans une dynamique de festival

    Rémy Bovis : « Nous passions sous le chapiteau tous les jours, l’équipe assurait une petite assistance technique : changement de plateau, service de lumière, un peu de son… (…). Comme nous organisons chaque année des parcours avec les scolaires, une classe est allée voir les Krilati en répétition, et des professeurs d’EPS en stage sont passés voir répéter Les Cousins. Une discussion très riche s’en est suivie avec les artistes, pendant une petite heure. Cela fait partie des petits plus, qui permettent à ces artistes de ne pas être isolés dans une bulle. »

    Lunatic : « C’est vivifiant d’être entouré de circassiens, dans une dynamique de festival. La présence de certains programmateurs sur le site, pour voir des spectacles ou assister à des réunions, permet aussi d’avoir des retombées professionnelles. Et comme c’est notre première création jeune public, il était important pour nous de pouvoir le tester devant des enfants. »

    Un temps de travail exempt de tout engagement

    Rémy Bovis : « Quand on prend une équipe en résidence, il y a un engagement de part et d’autre - c’est nous qui choisissons le projet, nous amenons un apport financier... Le projet de Pistes Solidaires consiste à leur mettre un outil à disposition, et ils en font ce qu’ils veulent pendant le temps qui leur est imparti. Ça permet plus de liberté. »

    Les Krilati : « Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas pris du temps juste pour nous entrainer, sans aucune autre préoccupation. Nous avons profité de ce moment pour approfondir des techniques spécifiques – la roue Cyr, la danse avec un chorégraphe que nous avions invité, le mât chinois, les équilibres et contorsions… Cette semaine nous a aussi permis de nous isoler avec des artistes que nous avions invités, en vue de la création du prochain spectacle qui démarrera sans doute en septembre 2012 : prendre le temps se rencontrer, de tester des choses, de voir si l’énergie qui en ressort nous inspire. »

    Organiser le partage du temps et de l’espace

    Les Cousins : « En phase de création, il est vraiment important d’avoir l’espace pour soi durant une journée entière, comme ce fut le cas pour nous. Nos créneaux de huit heures étaient parfaits : ça nous permettait de prendre le temps d’arriver, de manger un morceau, et d’être vraiment concentrés sur le travail pendant six heures, sans avoir à se préoccuper de bouger le matériel chaque soir. Nous laissions tout sur le plateau en l’état, en sachant que nous reprendrions le travail au même endroit le lendemain. »

    Les Krilati : « Si l’on était en création, notre créneau de cinq heures serait un peu léger, il faudrait aller vite à l’essentiel. Mais pour un temps de répétition, c’est déjà pas mal : vu que le travail est très physique, au bout de cinq heures, nous sommes épuisés. »

    Rémy Bovis : « Sur une session plus longue, nous pourrions à l’avenir combiner les deux dispositifs : un temps pour accueillir nos propres résidences, et un temps réservé à Pistes Solidaires, nous permettant ainsi de découvrir de nouveaux projets.»