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La Mission médiateur culturel et le festival Pariscience

Chaque année, Hélène Bodi, chargée de mission scolaire pour le festival Pariscience, travaille avec les médiatrices de la Mission Médiateur culturel d’Arcadi afin de relayer l’événement auprès des établissements qu’elles accompagnent. Pariscience propose une programmation mêlant cinéma et sciences et, dans ce cadre, des actions spécifiques à destination des lycéens.

Plusieurs établissements engagés dans la démarche

La relation entre Hélène et les médiatrices est établie depuis plusieurs années et permet d’une part, un point de contact au sein des établissements pour le festival, et d’autre part, un échange facilité avec un interlocuteur identifié pour les médiatrices. Il s’agit là d’une expertise partagée et d’une écoute entre terrain et proposition culturelle.

Plusieurs médiatrices ont pu répondre positivement à son appel cette année. Deux classes, l’une du lycée Romain Rolland (Ivry-sur-Seine - 94) et l’autre du lycée Émile Dubois (Paris 14ème) feront partie du jury lycéens. Une autre classe du lycée La Tournelle (La Garenne Colombes – 92) participera à un échange autour de la thématique « Médias, sciences et vérités : comment traiter l’information scientifique et manipuler l’écriture et l’image documentaires ? ». Enfin des classes du lycée Aristide Briand (Le Blanc Mesnil – 93) participeront à une journée de débats citoyens questionnant l’humanité augmentée.

Alissa Wagner et Carolina Contreras, médiatrices culturelles à Arcadi, reviennent sur ce projet qu’elles ont accompagné dans les établissements scolaires qui les accueillent.


Direction Ivry-sur-Seine avec Alissa Wagner

Chaque année, je transmets la proposition de Parisicence aux enseignants des lycées dans lesquels j’interviens en ciblant les professeurs selon les matières qu’ils enseignent. Cependant, cette fois, j’ai préféré faire la proposition à l’ensemble de l’équipe du lycée Romain Rolland car le festival ne touche pas qu’aux sciences mais également à l’écriture filmique, l’analyse d’image, la réflexion plus largement.

C’est finalement la classe de Seconde d’Adrienne, professeure de mathématiques, qui bénéficie de cette opportunité et sera jury du festival. Pour elle, cette participation est un « enrichissement extraordinaire qui permettra d’étendre les réflexions pendant ses cours à d’autres domaines que les mathématiques ».

La nature de l’accompagnement des médiatrices auprès des enseignants est d’abord d’être force d’explication des propositions culturelles et des attentes des structures. Dans le cas de Pariscience, il est fortement conseillé d’inscrire la participation au jury dans un projet plus large. J’ai donc accompagné Adrienne dans la rédaction de sa lettre de motivation pour y inclure sa volonté de travailler avec les élèves autour de la découverte de la culture et des métiers scientifiques.

« Les plonger dès le mois de septembre en tant que jury permettra de fédérer la classe autour d’un projet et de les maintenir motiver tout au long de l’année. Les secondes ont besoin de se responsabiliser, de savoir faire un choix et doivent apprendre à défendre une idée. La stimulation offerte par le fait d’être jury et de devoir choisir un documentaire sera un excellent moteur pour l’apprentissage de la construction d’un argumentaire ».

Dans quelques jours, en amont du festival, les élèves visionneront les trois films de la sélection lycéens : Toujours debout de Marina Julienne et Raphaël girardot, Dans la tête d’un joueur de poker de Questin Domart et Thierry Fessard, et White Waves de Inka Reichert. Ils rencontreront deux marraines du jury, la chercheuse physico-chimiste Solenn Reguer et la productrice Enora Constant. À l’issue de cette première étape, ils voteront pour leur film préféré. Celui qui emportera le plus de voix parmi les trois classes sélectionnées pour le jury se verra décerner le prix des lycéens du festival !

Escale à La Garenne-Colombes avec Carolina Contreras

À La Tournelle, la classe de Seconde de Fakri, enseignant de Lettres / Histoire-géographie, participe cette année à une nouveauté du festival : la séance « Médias, sciences et vérité ».  Il s’agit, à la fois, de sensibiliser les élèves lors d’un débat en classe et d’une rencontre à l’Institut de physique du Globe de Paris, mais également de les former à la vérification de l’information, à la compréhension du monde de la recherche et de la science, et au développement de l’esprit critique.

En mai 2017, j’ai relayé l’information auprès du lycée La Tournelle. Thomas, professeur documentaliste, et Fakri, enseignant de Lettres / Histoire-géographie ont été très intéressés puisqu’ils préparaient alors pour la rentrée un travail sur les médias et la construction de l’information avec une classe de Seconde.

L’écoute d’Hélène Bodi et sa connaissance du public scolaire ont permis de faire une proposition qui s’adaptait mieux à la demande des enseignants qui souhaitaient orienter leur travail sur les « fake news» que les élèves prennent souvent pour des vérités. Plutôt qu’une candidature au prix du jury, la classe participe donc au nouveau projet du festival « Médias, sciences et vérité ». Ils visionneront en classe le « documenteur » Le fils de Néandertal de Jacques Mitsch qui sera suivi d’une rencontre avec le réalisateur et des scientifiques.

Pour Thomas « le but de ce projet est de créer des automatismes chez les élèves pour leur permettre de prendre du recul sur des informations "dites scientifiques" qu’ils reçoivent et leur donner une boîte à outils de vérification de l’information ». 

Être auprès des enseignants quotidiennement m’a permis de rebondir rapidement sur la proposition de Pariscience. Les offres adressées au public scolaire ne sont pas forcément cloisonnées par matière. Il était important dans ce contexte que les enseignants en prennent aussi conscience : les professeurs de sciences ne sont pas seuls destinataire des propositions du festival.


*Festival co-financé par le Conseil régional d’Île-de-France, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la Ville de Paris et le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) ainsi que de nombreux centres de recherche et partenaires audiovisuels.

Interview d’Hélène Bodi, contact privilégié des médiatrices culturelles

Le festival souhaite démystifier les métiers de la science et faire tomber les stéréotypes auprès des lycéens (et plus largement du grand public), pouvez-vous nous en parler ?


Tout à fait. Nous cherchons à créer la rencontre entre les professionnels de la science, de l’image et le public, scolaire et grand public. Nous nous présentons comme un festival de films mais aussi comme un festival de culture scientifique. Nous avons la chance d’être soutenu par de nombreux instituts de recherche qui nous aident notamment à faire intervenir des chercheurs sur l’événement ou dans les établissements auprès des jeunes jurys.
Dans les lycées, nous brisons souvent l’image du chercheur en blouse blanche, lunettes vissées sur la tête, enfermé dans un laboratoire. Les marraines et parrains scientifiques dévoilent leur quotidien aux élèves, leurs parcours et leurs motivations. Ils surprennent souvent par leur humilité et permettent de montrer que les scientifiques sont des personnes « comme tout le monde », qui questionnent très souvent leurs recherches, la science et le monde dans lequel nous vivons et amènent ainsi les élèves à se questionner à leur tour.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous appuyer, en partie, sur les médiatrices pour inscrire des classes à la programmation scolaire du festival ? Est-ce « facilitateur » pour vous ?


Pour inviter les professeurs à participer à Pariscience, nous avons à cœur de solliciter les enseignants eux-mêmes mais aussi de nous appuyer sur le réseau éducatif et de médiation francilien. Ainsi, prendre contact avec les personnes de terrain, comme les médiatrices d’Arcadi, nous parait évident. Il s’agit de personnes présentes au cœur des établissements, au plus près des équipes pédagogiques et de leurs demandes et besoins. Cet accompagnement est plus que bienvenu évidemment et cela nous permet de toucher les enseignants dans le cadre d’une approche qualitative.
Nous avons également la chance d’être soutenus par la Région Île-de-France, qui est à l’initiative par ailleurs de la mission Médiateur culturel. Il nous semble donc important de nous appuyer sur ce réseau d’acteurs de médiation culturelle. Nous avons, au final, les mêmes missions et envies auprès du public scolaire.
Quoi de mieux alors que de travailler ensemble ?

Comment choisissez-vous les classes du jury lycéens ?


Chaque année, nous envoyons un appel à candidatures en avril-mai pour inviter les professeurs de lycée à faire participer leurs élèves aux projets de Jurys scolaires du festival. Avec un petit pincement au cœur, il est vrai, nous ne choisissons que 3 classes de lycées de Paris et d’Île-de-France. Le principe est d’illustrer la diversité des établissements et des élèves de la région : nous tentons donc d’avoir, parmi ces 3 classes, 1 classes de chaque académie (Paris, Versailles, Créteil).
Ensuite, nous tentons de faire participer des élèves d’horizons différents et notamment de donner accès à la culture scientifique et à l’image à des jeunes qui en sont éloignés. Nous intervenons dans des établissements généraux comme professionnels. Nos mots-clés : diversité et démocratisation de la culture scientifique et audiovisuelle.

Comment sensibilisez-vous le public scolaire aux questions touchant à la désinformation scientifique diffusée sur internet notamment ?


Le festival Pariscience est un événement organisé par l’Association Science & Télévision, une association de producteurs indépendants. Nous sommes donc très attachés à l’éducation aux sciences mais aussi tout naturellement à l’éducation à l’image et aux médias. Et c’est cette image qui peut être manipulée à des fins de désinformation scientifique.
Nous souhaitons permettre aux jeunes de mieux comprendre le monde de la recherche et de la science mais aussi les principes de théories et de pluralité des discours dans la communauté scientifique et enfin la nécessité d’esprit critique de remise en question indispensable en science. Les films programmés pendant le festival sont donc une base pour parler science, information, discours et image.
Nous tentons ensuite de travailler sur les problématiques de désinformation scientifique dans le cadre de séances spéciales : cette année, par exemple, une séance pour les lycéens autour d’un docu-menteur "Le Fils de Neandertal, ou le secret de nos origines" de Jacques Mitsch (un film reprenant les codes du documentaire mais dévoilant une fausse théorie scientifique). Cette séance "Médias, sciences et vérités" permettra aux élèves de parler "manipulation de l’image et de l’information scientifique", "vérités, sciences et théories".

De votre expérience, les lycéens parviennent-ils à s’approprier les thématiques du festival ?


Nous cherchons avant tout à les faire se questionner sur les problématiques science-société et le rapport à l’image et aux médias. Nous intervenons  par exemple dans les lycées jurys avec des scientifiques et des producteurs et nous nous rendons compte qu’un petit voile est levé sur le monde de la science et de l’image quand nous partons.
Nous avons conscience que les élèves ne deviendront pas experts de toutes les thématiques scientifiques que nous abordons. Mais nous espérons semer des petites graines et offrir un support ludique (le documentaire) ainsi qu’une occasion d’échanger, sans barrière, avec des experts pour que les élèves puissent se sentir légitimes à se questionner mais aussi qu’ils prennent conscience des impacts que les sciences et technologies peuvent avoir sur la société et le monde.

Vous faites un focus sur les femmes et la science cette année, c’est une problématique encore très présente dans les filières scientifiques. Vous l’avez remarqué dans le cadre de vos interventions en lycée ?


Oui, tout à fait. Dans le cadre des jurys lycéens, nous cherchons à faire intervenir des scientifiques hommes et femmes. Nous tenons beaucoup à cette parité et nous remarquons qu’elle est plus que bienvenue dans les établissements. Quand les marraines et parrains interviennent en classe, nous posons généralement la question de l’orientation aux élèves. Que souhaitent-ils faire plus tard ? Certains sont-ils intéressés par les métiers scientifiques ou audiovisuels ? Et nous remarquons souvent que les doigts qui se lèvent sont généralement plus nombreux chez les garçons que chez les filles.
Nous avons également observé que, naturellement, les garçons prenaient plus souvent la parole face aux intervenants que les filles. Les jeunes filles peuvent avoir tendance à se mettre davantage en retrait dans ces rencontres avec les professionnels et à ne pas oser prendre la parole quand cela semble plus naturel et évident chez les garçons.
Nous essayons donc de les faire échanger. Nous questionnons les timides et tentons de les faire réagir pour essayer de faire réaliser aux garçons comme aux filles que les filières scientifiques sont envisageables pour tous, peu importe le genre.