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De la fabrique des mémoires à la fabrique artistique : comprendre et expérimenter le processus de création

Les Plateaux Sauvages, établissement de la Ville de Paris créé en 2016, sont un lieu de création innovant implanté dans le quartier des Amandiers. Chaque équipe artistique accueillie en résidence est invitée à proposer en marge du développement de sa création, « un projet de transmission artistique » pour un public spécifique. Cette année, une classe du lycée Vauquelin (Paris 13e) a ainsi travaillé autour de la création Data Mossoul de Joséphine Serre, auteure et metteure en scène.

Créer la rencontre et construire ensemble

Joséphine Serre et son complice Guillaume Compiano ont imaginé le projet « La Fabrique de mémoires » à destination d’une classe de lycéens comme un écho à leur pièce en cours d’écriture. La question des traces, des archives et de la mémoire étant au cœur de cette pièce, ils ont proposé de produire et/ou récupérer divers écrits anonymes pour constituer une exposition comme cela est évoqué dans Data Mossoul.

Initialement pensé pour une option arts plastiques, la thématique ainsi que le format du projet qui nécessitait un temps assez long de rencontres et ateliers m’ont porté à le proposer à la classe d’UPE2A du lycée Vauquelin. Par ailleurs, je trouvais intéressant de proposer à ces élèves venant des quatre coins du globe de réfléchir à la question de la mémoire, de la trace, de ce que l’on garde. Enfin, le projet ayant une dimension plastique importante, tout en intégrant de l’écrit sous forme très libre, il ne mettait pas en difficulté ces élèves allophones qui ne sont pas tous à l’aise avec la langue française.

Découvrir la démarche de création

Joséphine Serre a eu à cœur de partager sa démarche, expliquer les étapes de son travail en cours, leur faire sentir le processus. Les élèves ont d’ailleurs pu assister à une sortie de résidence de Data Mossoul au Carreau du Temple fin mars : présentation « à la table », où s’étalait nombre de ressources, documentation et inspiration en tout genre. Ils ont rencontré à cette occasion le reste de l’équipe artistique engagée sur cette création, ont pu sentir que la pièce prenait forme petit à petit et découvrir en avant-première les premiers extraits de texte. Cette présentation a suscité beaucoup de questions, car après chaque extrait présenté, la classe était invitée à réagir.

Entrer dans une démarche de création

Au cours de plusieurs séances d’ateliers avec Joséphine Serre et Guillaume Compiano, les élèves, après s’être emparés de la thématique, ont donc imaginé et produit sur des supports variés, parfois artificiellement vieillis et abîmés, une collection diverses d’écrits anonymes. Les artistes ont pris le parti de valoriser la richesse culturelle de la classe en invitant les élèves à écrire certaines de leurs productions dans leur langue maternelle. Cette dimension inattendue a finalement nourri et enrichi le projet.

Au cours de celui-ci, les élèves ont donc non seulement approché le processus de création d’une compagnie professionnelle mais se sont eux-mêmes inscrits dans ce processus. Malgré des incompréhensions au début et après quelques hésitations, ils ont totalement joué le jeu et se sont interrogés sur la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre les faits tangibles et la mémoire fabriquée pour laisser libre cours à leur imagination et créer le matériau de cette exposition qui entretient volontairement le trouble entre vérité et fiction.

Présenter le travail au public

Les travaux des élèves viennent d’être installés dans le hall des Plateaux Sauvages où ils resteront visible jusqu’en juin. Le vernissage de l’exposition qui a eu lieu jeudi 3 mai a été fort en émotions que ce soit pour les artistes ou élèves qui ont joué le jeu jusqu’au bout, ne révélant qu’à la fin de la fin de la visite au public le processus de création. Cette exposition pourrait suivre la destinée de la pièce Data Mossoul et être présentée en marge de sa diffusion.