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Un projet conte et arts du cirque pour accompagner la sphère pédagogique

Bon nombre de structures culturelles (artistes, compagnies, lieux...) s’engagent dans un travail en milieu scolaire. Cet article est l’occasion de leur donner la parole pour exposer leur vision de l’éducation artistique et culturelle mais aussi leur engagement auprès de la jeunesse francilienne. Rencontre avec Michel Clément, artiste de la compagnie des Matatchines d’Auvers-sur-Oise, qui a collaboré avec le lycée des métiers Simone Weil de Conflans-Sainte-Honorine.

Dans les Yvelines, deux classes de CAP et de Baccalauréat professionnel ont fait la rencontre de Michel Clément, artiste passionné, engagé et autodidacte qui a mis son art au service des autres. Géraldine Aurousseau, médiatrice culturelle d’Arcadi qui a accompagné son travail auprès des lycéens, lui donne la parole.

Géraldine Aurousseau : En quelques mots pouvez-vous nous décrire votre parcours et votre rapport à l’art ?


Michel Clément : J’ai d’abord beaucoup travaillé dans les milieux socio-éducatifs et tout particulièrement dans le secteur de l’animation sociale. Ce sont ces valeurs liées au milieu socio-éducatif qui m’ont donné le goût du partage et de la transmission. Au gré des rencontres je suis rentré au Conservatoire à rayonnement régional de Cergy-Pontoise, sous la direction d’Hubert Japelle. L’un des premiers textes étudiés était Œdipe Roi. La révélation est apparue très rapidement et j’ai découvert passionnément le théâtre classique, la richesse de ses textes et les histoires humaines qu’elles racontent. Durant toute cette période, j’ai continué à me former seul et au travers de stages professionnalisants aux arts du cirque et de la rue en étant porté par l’envie d’aller à la rencontre de publics que l’on ne croise pas dans les lieux officiellement dédiés à la culture. Les structures se posent souvent la question de comment faire venir les publics, je me pose la question à mon endroit de comment rencontrer des gens qui pourraient former un public. C’est là qu’est ma place, mon rôle et mon travail au quotidien. J’essaye d’être l’adulte que j’aurai bien aimer rencontrer lorsque j’étais adolescent pour me faire comprendre que la culture m’est autorisée.

G.A. : L’éducation par l’art ou la place de l’art à l’école et plus particulièrement au lycée est donc un facteur fort pour vous. Pouvez-vous nous en parler ?

M.C. : Oui, c’est essentiel. L’art à l’école donne envie aux élèves d’apprendre et de travailler avec une notion de plaisir. C’est l’exigence de l’art. Là où souvent les élèves perçoivent l’école comme un lieu obligatoire, fastidieux et difficile, la culture et l’art permettent d’alimenter la sphère scolaire et pédagogique en prenant ou reprenant goût à l’écriture ou la lecture par exemple. Vouloir apprendre sans la culture c’est comme vouloir construire une maison sans fondation.

G.A. : Pouvez-vous nous parler du projet conte et cirque qui a eu lieu au lycée Simone Weil ?

M.C. : Il y avait de fortes envies pédagogiques au lycée relayées par la médiatrice culturelle. La connaissance qu’elle a du territoire, de l’offre culturelle et de sa position au lycée a permis que tout cela existe. Les élèves de la classe de Bac professionnel 1MELEC ont eu 12 heures de contes avec écriture et pratique sur scène pour raccrocher la découverte de ce genre littéraire qui est dans leur programme. Les élèves de CAP Mécanique automobile ont pratiqué eux 12 h d’ateliers cirque pour travailler la confiance en eux et l’exigence entre autres.
Les deux professeurs portant le projet, une enseignante de Lettres-Histoire et un enseignant d’EPS croyaient beaucoup en des disciplines parallèles pour travailler tant la rigueur que les programmes éducatifs. Le projet a été co-construit entre professeurs, médiatrice et moi-même représentant la structure culturelle.
Ces ateliers ont donné lieu à un temps de restitution, commun au lycée. Les objectifs transversaux importants étaient de renouer avec le plaisir du travail, de la discipline, de la responsabilité des uns envers les autres et surtout de la prise de confiance en soi. Les arts étaient presque un prétexte de rencontre, d’échange et de partage.

G.A. : Enfin, selon vous quels ont été les bénéfices tant pour les élèves que pour vous de ce projet au cœur du lycée ?

M.C. : Ces types de projets sont d’autant plus essentiels au sein d’établissements professionnels pour accorder une attention particulière à des élèves se sentant parfois dévalorisés par leurs orientations. Le projet culturel permet donc cette mise en lumière d’élèves généreux. Certains lycéens se révèlent ou plutôt devrais-je dire se découvrent, d’autres apprennent à se canaliser au sein d’une discipline imposée qu’ils acceptent, bien qu’ils ne soient pas dans leurs zones de confort. C’est tout cela que j’ai pu observer au lycée Simone Weil.
Tout ce travail est d’autant plus utile qu’il s’adresse à des jeunes en recherche d’eux-mêmes et contribue à préparer le public de demain : un public averti qui pourra décider par lui-même de ce qu’il aime ou n’aime pas. Tout cela abonde dans l’essence même de la place de la culture à l’école.
Pour ma part je continue d’apprendre et de m’enrichir à transmettre surtout là où c’est difficile. Je n’oublie jamais d’ailleurs de les féliciter et de les remercier. C’est aussi avec ce travail de pédagogie auprès de divers publics que je peux encore mieux faire mon travail d’artiste car je reste en contact avec le terrain.