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Étude sur les goûts, pratiques et usages culturels des adolescents issus des territoires populaires : premières directions, premiers constats

La recherche menée en partenariat avec l’Injep progresse sur les territoires de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) pour l’Île-de-France et de Bourgoin-Jallieu (Isère) pour la région Auvergne Rhône Alpes. Les premiers entretiens collectifs et individuels ont eu lieu, et permettent d’observer quelques premiers constats.

Si l’adolescence est un moment privilégié d’observation, en ce que s’articulent les logiques d’autonomisations, les diverses instances de socialisation (la famille, l’école, les pairs), les besoins de reconnaissance, d’appartenance et d’expressivité, les pratiques culturelles des milieux populaires sont néanmoins souvent négligées des études.

Arcadi a donc souhaité s’engager avec l’Injep (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) et le Centre Max Weber (ENS de Lyon) pour questionner et observer précisément les pratiques et préférences artistiques et culturelles des adolescent.e.s (13 - 18 ans) de milieu populaire. Dans le cadre de cette étude qualitative, ils souhaitent pouvoir rendre compte, d’une part, de la diversité des goûts, pratiques et usages des jeunes des classes populaires, et d’autre part, de la manière dont ils évoluent sur leur territoire de vie, en identifiant leurs déplacements et sorties, leurs activités de création…

Ainsi, le projet poursuit trois objectifs :
• Contribuer à la sociologie des jeunes des classes populaires, en étudiant de façon précise leurs univers culturels,
• Étudier les trajectoires culturelles, c’est-à-dire l’évolution dans le temps de l’adolescence (13-18 ans) du rapport à la culture de ces jeunes,
• Étudier les effets de l’offre culturelle sur leurs goûts, pratiques et usages.

Équipe de chercheurs

La recherche est coordonnée par Christine Détrez (sociologue, ENS Lyon) et Chantal Dahan (chargée d’études et de recherche à l’INJEP).
L’enquête qualitative sur la région lyonnaise sera réalisée par Christine Détrez assistée de Kaoutar Harchi (CMW, ENS Lyon)  et plusieurs étudiant-e-s en Master et doctorat de l’ENS de Lyon.
L’enquête qualitative sur la région parisienne sera réalisée par Chantal Dahan et Louis Jésu (chercheur associé à l’INJEP, spécialiste du hip hop et des quartiers populaires).
Le volet de l’enquête portant spécifiquement sur les usages numériques des jeunes est mené par Tomas Legon (sociologue, spécialiste des modes de catégorisation et d’évaluation des biens culturels).

Recherche des terrains d’enquête

Le choix du premier terrain d’enquête en Île-de-France s’est fait en fonction de certains critères, notamment la présence de quartiers prioritaires de la Politique de la Ville, l’éloignement avec l’agglomération parisienne, le fait de disposer de plusieurs établissements scolaires (lycées général et professionnel, collèges avec classes SEGPA, CFA) et de structures jeunesse (espace jeunes, association d’éducation populaire), et de plusieurs équipements culturels publics (scènes de spectacle vivant, médiathèque) et privés (centres commerciaux de loisirs, bases de loisirs).
Les premiers territoires retenus sont Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) et Bourgoin-Jallieu (Isère) pour la partie de l’étude qui se déroule en région Auvergne Rhône Alpes.

Collecte des premières données

Chaque terrain fait l’objet d’entretiens collectifs puis individuels.
À Dammarie-les-Lys, cinq entretiens collectifs ont d’ores et déjà été réalisés : un avec des apprentis d’un CFA électricité, un avec des lycées de section professionnelle, un avec des lycéens de section générale, un avec des collégiens de l’Espace Jeunes, un avec des lycées de l’Espace Jeunes. Deux autres entretiens sont prévus dans le collège situé au cœur du quartier prioritaire. Les contacts d’une dizaine de jeunes volontaires ont été collectés pour l’instant pour réaliser des entretiens individuels. Quatre entretiens individuels ont eu lieu. La méthodologie dite « en boule de neige » permettra de recueillir sans difficultés des dizaines d’autres contacts.

À Bourgoin-Jallieu,  un entretien collectif a été réalisé, avec des apprentis d’un CFA cuisine. D’autres entretiens sont d’ores et déjà prévus avec des apprentis d’un CFA boulangerie/pâtisserie, avec des lycéens de section professionnelle, avec des collégiens de classes SEGPA, et avec des jeunes qui fréquentent le Centre Léo Lagrange (association d’animation socio-éducative).

Il est prévu une vingtaine d’entretiens individuels par territoire, qui seront effectués entre juin et juillet.
Un volet spécifique sur les pratiques créatives numériques débutera à la rentrée de septembre.

Premières hypothèses

La mobilité reste un déterminant central de l’accès des jeunes des classes populaires aux loisirs et à l’offre culturelle, notamment dans les territoires situés loin de cœurs d’agglomération.

Certains domaines de goûts, de pratiques et d’usages en matière culturelle des filles et des garçons tendent à être moins clivés, et ce dès le début de l’adolescence. C’est notamment le cas au sujet de l’écoute de la musique (rap, électro), ou visionnage de vidéos ("chaînes", "Youtubeurs", etc.).

Si le rap est une musique qui fédère largement les jeunes des classes populaires (et notamment ceux qui habitent dans les quartiers populaires), il apparaît nécessaire de faire parler les jeunes de façon précise de leurs goûts en la matière. Les entretiens permettront de percevoir comment la diversité des sous-genres de rap se superpose aux appartenances de fractions de classe, mais aussi aux trajectoires scolaires différenciées des jeunes rencontrés.