Arcadi, la revue
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Portrait par Rosita Boisseau
La Grâce emportée
de la danse
d'Emanuel Gat
Photo de répétition. 
 
Le chorégraphe israélien, programmé par le Festival de danse d'Uzès en 2004, a grimpé en quelques années en haut de l'affiche. Sur des partitions musicales aussi puissantes que Le Sacre du printemps de Stravinski, il a imposé une patte artistique féline dont les emportements maîtrisés témoignent de sa capacité à jongler entre beauté et âpreté. Une alliance rare.
Tout semble aller vite pour le chorégraphe Emanuel Gat. Et tout va pourtant étrangement à son rythme. Ce paradoxe, son parcours comme sa danse le portent. Lui aussi d'ailleurs, dont le calme apparent, la retenue douce dissimulent une franche détermination et un gros appétit de travail. À 38 ans, le chorégraphe israélien sait tout bonnement ce qu'il veut et le désire le plus vite possible.
Sa compagnie, fondée en 2004, a beau être toute jeune, elle affiche déjà une certaine renommée à l'international avec des pièces incisives comme Le Sacre du printemps de Stravinski (2004) en version dansée salsa ou encore K626 (2006) sur le Requiem de Mozart. Écriture fluide et nerveuse toujours portée par l'élan des corps, composition savante entre masse et individus, sensualité à cran sous un savoir-faire étonnant, l'équation Gat captive.
Son ?uvre porte aussi le poids des expériences multiples de cet artiste venu relativement tard à la danse. C'est à 23 ans, en 1992, après son service militaire comme il arrive souvent chez les jeunes Israéliens, qu'il se tourne vers les plateaux. Sportif, il a pratiqué la natation, le surf, le foot, le tennis et l'équitation. Musicien, il a joué de la clarinette de 10 à 23 ans et rêvait d'être chef d'orchestre. Déjà père de quatre enfants, il a longtemps habité dans un village situé à quelques kilomètres de la Bande de Gaza et a collaboré avec des artistes palestiniens. Si son « combat est celui de la liberté » comme il le dit, il aime surtout imaginer et construire sa vie à sa façon, tranquillement insolente tant son absence d'a priori lui sert de passe-partout.
Pour la première fois programmé au Festival d'Automne, il y présente 3 for 2007, soit « trois aventures chorégraphiques pour vérifier à quel endroit il se trouve de son processus créatif ». Il entame parallèlement une tournée en Île-de-France avec quelques pièces de son répertoire, poursuivant ses incursions sur des territoires musicaux contrastés. Parmi les nouveautés, un spectacle pour huit danseurs sur la musique électro de Squarepusher intitulée Through the Center, All of You, at the Same Time and Don't Stop ; et son solo My Favorite Things sur une musique du jazzman John Coltrane se veut « une nouvelle possibilité d'exister sur scène ». « Après des créations lourdes comme Le Sacre ou K626, j'avais envie de respirer », commente-t-il. « La façon dont une partition puissante et pleine de références culturelles brouille la danse et détermine sa réception par le public, me pesait. La mise en scène d'un grand nombre d'interprètes occulte en partie la recherche. Le savoir-faire peut parfois menacer le travail en profondeur. La possibilité de voir la danse, de la faire apparaître sur le plateau, est donc plus grande selon moi dans le cas où la musique n'est pas dominante même si les choix de cette soirée composée ne sont pas anodins entre John Coltrane, dont j'aime la richesse et ce mélange de matérialité et de spiritualité, et l'électro de Squarepusher. »
Pour interpréter sa danse au trait limpide toujours parasitée par une urgence subtile, cette tension entre maîtrise et spontanéité, Emanuel Gat s'entoure d'interprètes singuliers, à la fois solides et fragiles, dont on perçoit à même la peau l'engagement viscéral dans le mouvement. « Il y a effectivement chez moi un conflit entre le désir de virtuosité et celui d'une certaine fraîcheur », explique-t-il. « J'aime les interprètes jeunes, très ouverts, mais aussi ceux plus âgés qui possèdent une technique forte et lisible. Je dois trouver un équilibre entre ces deux types de danseurs. De la même manière, je cherche aussi une balance entre abstraction et narration. La tension entre les deux est une source de stimulation pour moi. Le mouvement abstrait n'a rien à voir avec le formalisme. Il est conducteur d'une humanité qui doit faire passer une émotion, plus subtile, plus insaisissable. »
Si Emanuel Gat a dégagé une fort jolie place dans le paysage de la danse contemporaine israélienne dominée par Ohad Naharin et sa compagnie nationale, il ne trouve pourtant pas l'aide et le soutien suffisants pour évoluer comme il l'entend. En complicité avec Didier Michel, devenu son manager international et associé, il a décidé de s'installer en France. À partir du mois d'octobre, il prendra donc la tête du tout nouveau Centre chorégraphique Ouest-Provence, dans l'ex-Maison de la danse d'Istres. « Ce n'est pas facile de quitter Israël », glisse-t-il. « Mais cette implantation va me permettre de me concentrer sur la création plutôt que sur la survie de la compagnie. » C'est dit, c'est clair.
Rosita Boisseau est journaliste indépendante pour Le Monde et Télérama. Elle a publié différents livres (monographies de Régine Chopinot aux éditions Armand Colin et de Philippe Découflé chez Textuel). Elle vient de sortir Panorama de la danse contemporaine / 90 chorégraphes (éditions Textuel). Elle est également auteur de films et d'expositions dédiés à la danse contemporaine.
K626
> 27 novembre 2007, Salle Jacques Brel
164, bd Galliéni - Fontenay-sous-Bois (94)
Location : 01 49 74 79 10
> 12 décembre 2007, Théâtre des Bergeries
5, rue Jean Jaurès - Noisy-le-Sec (93)
Location : 01 41 83 15 20
> 19 janvier 2008, Le Prisme
Quartier des 7 Mares - Élancourt (78)
Location : 01 30 51 46 06

3 for 2007
> 19 janvier 2008, Le Prisme
Quartier des 7 Mares - Élancourt (78)
Location : 01 30 51 46 06

My Favorite Things
> 21 > 24 novembre 2007,
Centre national de la danse
Représentations avec Le Sacre du printemps.
1, rue Victor Hugo - Pantin (93)
Location : 01 41 83 98 98, www.cnd.fr
Le sacre du printemps
> 22 janvier 2008,
L'apostrophe, Cergy-Pontoise (95)

Toutes les autres dates sur www.gatgat.com
Ces pièces ont été coproduites et/ou reçoivent le soutien à la diffusion d'Arcadi.?




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